C’était ça ou mourir : pourquoi le parcours de Jonas Dorléon rappelle l'Odyssée d'Homère

C’était ça ou mourir : pourquoi le parcours de Jonas Dorléon rappelle l'Odyssée d'Homère

L’Odyssée. Ce mot résonne souvent comme un écho lointain, peuplé de héros grecs, de sirènes et de monstres marins. Mais que devient l’épopée quand le voyage n’est plus une quête de gloire, mais une simple et brutale nécessité de survie ?

 

Dans cet article : 

  • découverte du roman C'était ça ou mourir
  • exploration du livre comme Odyssée moderne
  • refus des clichés de l'auteur
  • pistes pour pousser ta réflexion après la lecture du roman C'était ça ou mourir


Bref du livre

C’était ça ou mourir, paru en mars, est  le nouveau phénomène littéraire de l’année. Ayant déjà conquis le lectorat québécois,  le livre fait maintenant des vagues dans le monde entier. En effet, ce premier roman de Thélyson Orélien a connu un fort succès dès sa parution, avec l’achat de ses droits par plus de 20 éditeurs à l’international et la parution des premières traductions prévues au printemps 2027. D’ailleurs, la trajectoire du personnage principal a capté l’attention du monde littéraire, notamment avec une mention dans le New York Times. 

Dans C'était ça ou mourir, Thélyson Orélien raconte le parcours de Jonas Dorléon, un professeur de géographie haïtien contraint de fuir la violence grandissante dans son pays. Le personnage principal commence alors une longue migration à travers les Amériques, portée par l'espoir d'atteindre le Canada. Au fil de son itinéraire, il affronte la haine, la jungle du Darién et les contrôles de l'ICE. À travers ce périple marqué par l'exil, la survie et la quête identitaire, C'était ça ou mourir réinvente l'Odyssée d'Homère sous la forme d'une odyssée migratoire contemporaine. 

Odyssée moderne

Il y a de fortes chances que vous ayez récemment entendu le mot « odyssée », notamment à l'occasion de la sortie du film de Christopher Nolan consacré à l'épopée d'Ulysse. Pourtant, bien avant d'être associé au 7e art, ce terme trouve son origine dans l'une des œuvres fondatrices de la littérature occidentale : L'Odyssée d'Homère. Dans ce récit épique, Ulysse tente de regagner son royaume d'Ithaque après la guerre de Troie. Son retour est semé d'embûches : monstres, tempêtes, naufrages et longues années d'errance retardent sans cesse son arrivée. C'est de cette aventure exceptionnelle que nous vient aujourd'hui le mot « odyssée », utilisé pour désigner un voyage long, difficile et jalonné d'épreuves.

Le parcours de Jonas Dorléon dans C'était ça ou mourir rappelle celui d'Ulysse : ils sont tous les deux confrontés à l'exil et à une succession d'obstacles qui mettent leur courage et leur endurance à l'épreuve. Toutefois, leurs motivations diffèrent profondément. Alors qu'Ulysse est un héros guerrier dont les exploits contribuent à sa renommée, Jonas ne recherche ni la gloire ni les honneurs. Sa lutte est plus humble, mais tout aussi héroïque : il cherche simplement à survivre et à trouver un endroit où vivre en sécurité.

Les similitudes ne s’arrêtent pas au parcours. Tandis qu’Ulysse se bat pour retrouver son foyer, Jonas, pour sa part, ne peut pas retourner chez lui, car sa maison et son quartier de Carrefour-Feuilles ont été réduits en cendres. Son odyssée ne vise pas un retour aux racines, mais une marche forcée vers une « Ithaque » inconnue et incertaine. 

Pour Jonas, il n’est pas question de créatures mythologiques, de Cyclopes et de Charybde. Il est plutôt confronté à des gangs armés, à la jungle impitoyable du Darién, et à la violence froide des systèmes administratifs et des gardes-frontières. Ces monstres sont d'autant plus terrifiants qu'ils sont réels et systémiques.

Récit de migration qui refuse les clichés 

Ce qui distingue le roman de Thélyson Orélien est l’universalité de son sujet. Il met en lumière les enjeux migratoires, mais loin de faire la leçon, Thélyson Orélien privilégie une approche humaine qui nous touche droit au cœur. L’auteur crée un dialogue entre les lecteurs et les personnes immigrantes, en  narrant une réalité souvent réduite à des chiffres ou à des débats politiques. À travers son roman, il invite ses lecteurs à voir les migrants non pas comme des statistiques, mais comme des êtres humains porteurs d'histoires, de rêves et de blessures. L’aboutissement n’est pas le retour chez soi, mais quelque chose de bien plus précieux : le retour à soi. 

En effet, Jonas arrive dans un pays où personne ne l'attend et la fin de son odyssée est la réappropriation de son identité. Après avoir dû changer de nom et d'habitudes pour survivre, il finit par affirmer : « Je suis Jonas Dorléon et je suis vivant ».

Pousser la lecture : Au delà du récit migratoire 

Pour ceux et celles qui ont refermé le livre de Thélyson Orélien, vous aurez sans doute remarqué la présence constante du rire. Dès le moment où Jonas doit fuir sa maison, le rire revient, comme une constante narrative qui accompagne le lecteur. 

Questionnons-nous: De quelle manière ce rire sert l’histoire? Pourquoi le narrateur précise-t-il les rires qui ponctuent ses interactions?

Thélyson Orélien a choisi d'écrire à la première personne du singulier (« je ») par devoir de vérité envers les migrants qu'il a rencontrés et qui se sont confiés. 

Réfléchissons ensemble : Qui a le droit de raconter l'exil? Une seule voix peut-elle porter celle d'une multitude?

Plusieurs questions ont été abordées dans le cadre des clubs de lecture Sujet CLO de juin. Nos membres ont eu la chance de discuter et d’approfondir leur pensée en lien avec ce nouveau classique québécois. Chaque lecteur porte toutefois un regard unique sur le parcours de Jonas Dorléon, et on aimerait beaucoup connaître le tien. Partage ton point de vue dans les commentaires !

Nos clubs de lecture clés en mains s'inscrivent dans cette volonté d'aller plus loin que la simple lecture. Chaque mois, nos clubs rassemblent des lecteurs partout au Québec dans un contexte sans prétention.

Tu as manqué nos clubs? C'était ça ou mourir reste un excellent roman, à lire seul ou en lecture commune avec des amis! 

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